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Une démarche d’éco-conception numérique

Les impacts du numérique, tant environnementaux que sociaux sont de plus en plus évidents. Dans cet article, nous vous expliquons comment nous essayons de développer un site et une solution de façon la plus responsable possible, en suivant les principes de l’éco-conception numérique.

5 minutes de lecture.

L’impact du numérique

Une empreinte environnementale croissante

Il n’y a plus de doute possible ! La publication de la première partie du 6e rapport du GIEC (disponible en anglais) au mois d'août dernier le confirme : notre planète se réchauffe en raison de notre action. C’est un fait établi, sans équivoque.

Sans équivoque ! C’est également sur ce mode que nous devrions considérer l’impact du numérique.

Le numérique, par son caractère soi-disant immatériel, est souvent présenté comme une des solutions à la crise climatique.

Mais le numérique est bien loin d’être un secteur sans consistance physique. Il est constitué d’ordinateurs, de smartphones, de câbles, de centres informatiques...34 milliards d’équipements dans le monde d’après l’étude “Empreinte environnementale du numérique mondial” publiée en 2019 par le collectif Green IT (qui se penche sur ces questions depuis de nombreuses années). Toujours selon cette même étude, il représente 3,8% des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Si le numérique était un pays, son empreinte environnementale serait 2 à 3 fois celle de la France.

Au sein de Mobilite.eco, limiter notre impact est notre priorité. La réduction des émissions de GES est au cœur de notre action (que nous exposons dans notre manifeste). Nous avons donc décidé de nous confronter à ce paradoxe apparent ! Comment développer une solution numérique qui contribue à réduire l’impact des transports (le secteur le plus émetteur en France), tout en ayant une approche sobre et mesurée de l’outil technologique ? Nous nous sommes lancés dans une démarche d’éco-conception numérique.

Mobilite.eco et l’éco-conception numérique

L'éco-conception numérique, une partie de la solution

Le numérique n’est qu’un outil. Et comme tout outil, il n’est ni bon, ni mauvais. Il n’est ni à fuir, ni une fin en soi. Et c’est bien sur la façon dont on s’en sert qu’il faut prendre le temps de s’interroger.

Nous avons souhaité tester en premier lieu l’éco-conception numérique sur le projet de refonte de notre site vitrine. Il s’agissait pour nous de l'expérimenter sur un périmètre restreint, sur lequel nous maîtrisions les risques, et de tester notre capacité à concevoir de façon responsable un site web (avant de nous attaquer au cœur même de notre solution technologique).

L’éco-conception est une “approche méthodique qui prend en considération les aspects environnementaux du processus de conception et développement dans le but de réduire les impacts environnementaux négatifs tout au long du cycle de vie d’un produit”. (Norme ISO14006 v2020). L'éco-conception numérique s’appuie ainsi sur la pensée cycle de vie. Pour un service numérique il va s'agir d'évaluer sa contribution à l'impact lié aux équipements, depuis l’extraction des ressources et matière premières, la fabrication, l'utilisation, la maintenance et la fin de vie.

Cycle de l'éco-conception
Source : Pôle Éco-conception

Ainsi, l’éco-conception numérique va chercher à agir sur deux leviers :

  • réduire la quantité de ressources nécessaires : RAM, CPU, bande passante, serveurs,... nécessaires au fonctionnement du service.
  • allonger la durée de vie des équipements, notamment les terminaux utilisateurs. Un site conçu de façon responsable sera compatible avec le plus de terminaux possibles, même anciens, et participe ainsi à la lutte contre l'obsolescence logicielle. Car ce sont bien les étapes de fabrication de ces mêmes terminaux qui ont le plus d’impact aujourd’hui.

Dans cette optique, une part importante de l’éco-conception numérique est de garantir la plus grande accessibilité possible du service numérique, et donc également de réduire la fracture numérique.

Nos choix en matière d’éco-conception numérique

Quelques exemples d'application de l'éco-conception numérique

Avant tout, il faut comprendre que l’éco-conception numérique ne s’applique pas à un site ou à un logiciel, mais bien à un acte métier, c’est-à-dire la fonction que remplit le site ou le logiciel. C’est le service qu’il rend. Dans notre cas, s’agissant d’un site institutionnel présentant notre solution : prendre rendez-vous avec notre équipe commerciale pour une démonstration produit.

Deux principes ont gouverné nos choix :

  • la frugalité : faire juste ce qu’il faut là où c’est nécessaire,
  • l’efficience : faire mieux avec moins.

Pour nous guider dans cette aventure, nous nous sommes appuyés sur des outils qui font référence en la matière :

Le site a été imaginé par Léopoldine Mennesier (graphiste web écoresponsable). Il a été réalisé par Julien Wilhelm | Awebsome (développement web écoresponsable).

Concentrons-nous sur 5 exemples concrets.

N°1 : Sobriété fonctionnelle

La meilleure des fonctionnalités en termes d’impact environnemental, c’est celle qui n’existe pas ! Diverses études (Cast Software et Standish Group notamment) montrent que 70% des fonctionnalités demandées par les utilisateurs ne sont pas essentielles et 45% ne sont jamais utilisées. Il faut donc questionner systématiquement le besoin et éliminer tout ce qui est superflu. C’est sans doute ce qui a été le plus compliqué pour nous. Dans le cadre d’un site institutionnel, cela peut paraître très simple car il ne s’agit “que” de contenus. Le piège est alors d’abuser des médias, pensant que l’obésité d’informations sera efficace en terme de message perçu. Notre site comportait aussi un espace de démonstration pour lequel il était nécessaire de s’authentifier avec une adresse mail. Cette page “démo” donnait également accès à un nombre important de vidéos. Il fallait ensuite prendre rendez-vous avec notre équipe (rdv physique ou à distance). Nous avons tout simplement totalement supprimé cette partie ! A la place, nous proposons dès la page d’accueil de prendre rdv pour une démonstration de notre solution via une visio !

N°2 : Fluidité de l’expérience pour le visiteur

L’éco-conception numérique rejoint ici les bonnes pratiques en termes de design de l’expérience utilisateur. Cela parait évident, mais plus un utilisateur passera du temps sur votre site pour atteindre son objectif et plus grand sera l’impact environnemental. Ainsi notre site présentait du contenu très riche mais de façon dispersée. Nous l’avons synthétisé via une architecture de l’information resserrée. Par ailleurs, les utilisateurs de la solution avaient la possibilité de se connecter à la solution depuis le site institutionnel. Mais cette partie du parcours n’avait pas été maintenue et n’était plus cohérente avec la solution qui a évolué entre temps, présentant ainsi de nombreux points de frictions. Nous avons tout simplement complètement déporté la connexion à la plateforme sur la solution elle-même. Nous avons également grandement simplifié le parcours de connexion entre les applications mobiles pour les collaborateurs et la plateforme web dédiée à l’entreprise.

N°3 : Un design simple, léger et...joyeux !

À cette étape, nous avons appliqué un certain nombre de recommandations pour faire un site le plus eco-friendly possible. Par exemple, selon l’association Designers Ethiques : “​​Si l’on utilise les polices pré-installées dans le terminal, alors l’utilisateur n’a pas besoin de télécharger de police supplémentaire, réduisant l’usage de la bande passante et accélérant le chargement du site.” Nous avons ainsi opté pour Arial. Nous avons, par exemple, veillé à optimiser les contrastes pour faciliter l'expérience pour des personnes en situation de handicap visuel...

Nous n’avons pas souhaité pour autant sacrifier la direction artistique. Il était ainsi important pour nous d’insuffler, via la nouvelle charte graphique, un dynamisme reflétant le mouvement que nous souhaitons apporter, au sens propre comme figuré, aux entreprises. Nous souhaitions également capitaliser sur l’univers ludique de l’application mobile.

Mascotte de Mobilite.eco
Mascottes de Mobilite.eco

Pour réussir ce double challenge, nous nous sommes inspirés de l’univers des circuits voiture de notre enfance. Les tests utilisateurs que nous avons pratiqués au cours de la phase de conception nous ont confirmé que nous avions pris la bonne direction !

Jouets et circuits en bois
Blockitecture, design de James Paulius pour Areaware

N°4 : Aucun cookie

Dans une logique de conception responsable, le traitement des données personnelles est une question à laquelle nous sommes très sensibles. Bien évidemment, nous sommes très attentifs à ce que les traitements que nous appliquons soient à 100% conformes à la RGPD. Mais au-delà, nous adoptons une posture de sobriété quant aux données : dans notre solution, nous ne collectons que les données strictement utiles à son fonctionnement. Et nous avons à cœur d’être le plus transparent possible dans leur utilisation (Voir à ce sujet notre charte de données personnelles et l’article du blog Innovation et Numérique responsable). C’est dans cette logique que nous avons décidé de supprimer les cookies du site. Pour son bon fonctionnement, il ne nous était en réalité pas utile d’en avoir ! Nous avons donc décidé de ne pas en mettre, tout simplement ! C’est pourquoi, au contraire de la plupart des sites, sur le notre, vous n’avez pas eu de message vous incitant à accepter l’utilisation de cookies ! Mais si les cookies vous manquent, pas de panique, nous avons tout prévu ! Et parce qu’on les préfère définitivement dans la vie réelle, voici la recette de cookies qu’on ADORE : THE recette.

N°5 : Un site statique

Sans doute le choix le plus structurant ! En effet, un fichier statique est directement lu et renvoyé à l’internaute sans solliciter de serveur d’application ou de base de données. Nous aurions pu utiliser un système de gestion de contenu dynamique (CMS). Notre ancien site était notamment sous Wordpress. Mais cela implique de charger les couches applicatives pour servir le contenu. Par ailleurs, ce type de solution embarque un nombre important de fonctionnalités et plug-ins, ce qui est souvent disproportionné au regard de l’usage réel qui en est fait. N’ayant pas besoin de modifier nos pages ou de publier de nouveaux contenus de façon récurrente et soutenue, il nous a paru plus adapté d’opter pour une architecture statique. L’article que vous êtes en train de lire vous est rendu disponible grâce à WordsMatter, un éditeur de blog cross device qui fonctionne comme une “solution chargée de produire du contenu statique servi en tant que tel”.

Pour quels résultats ?

Un gain indéniable

Alors même que le poids médian d’une page web sur mobile dans le monde en 2019 est de 1,8 Mo et de 1,9 Mo sur desktop, un site éco-responsable entier avec une cinquantaine de pages sur son blog fait moins de 1,6 Mo. A titre d’exemple, notre nouvelle page d'accueil fait 180 Ko pour le mobile et 185 Ko pour le desktop (Elle faisait 1,8 Mo sur notre ancien site). Sur un acte métier simple, comme “voir une démo de la solution et prendre rdv”, les émissions GES associées sont passées de 26 gCO2e à 7 gCO2e, soit une baisse de 73%. La consommation d’eau estimée associée sur notre ancien site était de 42,55 cl pour ce scénario. Elle est de 10,67 cl sur notre nouveau site, soit une baisse de 75%. Ces résultats ont été évalués grâce à l’extension Green Analysis. (Il s'agit bien d'estimation. Elles ne prennent pas en compte l'étape de démonstration par visoconférence, qui a lieu quelque soit les deux scénarios).

Intégrer l’éco-conception numérique très en amont, dès l’expression initiale du besoin, a facilité grandement le projet. Celui-ci a duré un peu moins de deux mois. Cela nous motive pour persévérer dans la démarche, en appliquant maintenant les principes de la conception numérique responsable sur les prochains développements de notre solution.